Les femmes âgées de 15 ans et plus consacrent en moyenne 3,2 fois plus de temps que les hommes aux tâches ménagères et jusqu’à 4,7 fois plus dans certaines régions du monde.
Nous savons que cela restreint les possibilités des femmes et des filles en matière d’éducation, et que ces inégalités affectent leur santé et leur vulnérabilité à la pauvreté.
En France, les femmes passent en moyenne chaque jour 3 HEURES aux tâches domestiques quand les hommes y consacrent 1 H 45, les mères 1 H 35 aux tâches parentales, les pères 41 MINUTES. Même si les choses évoluent cette division du travail reste fortement inégalitaire même quand les deux conjoints en couple hétérosexuel travaillent.
Le travail domestique, c’est quoi ?
L’organisation de notre société patriarcale et capitaliste est toute entière tournée vers la division sexuée du travail : les espaces sociaux des hommes et des femmes sont séparés, celui des femmes se tournant vers le travail domestique.
Malgré la progression de l’emploi féminin, les changements de structures familiales, les équipements ménagers, la division sexuée du travail domestique et parental résiste.
Quand au temps partiel (une femme salariée sur trois travaille à temps partiel), il ne fait qu’essentialiser les rôles des femmes et des hommes, car dans la société, la place des femmes est encore” à la cuisine”, dans la maison et à s’occuper des enfants.
Invisibilisé, dévalorisé, le travail domestique est loin d’être une question purement privée.
Les tâches qui en découlent font pleinement partie de l’activité économique. C’est parfois un travail de soutien au travail du conjoint comme l’aide gratuite à la comptabilité d’une entreprise ou le travail non salarié de la conjointe agricultrice.
Il participe à produire des biens et des services et contribue au bien être des membres de la famille et bien au-delà : 63 % des personnes qui s’occupent tous les jours d’enfants, de personnes âgées ou handicapées de manière informelle sont des femmes.
Les femmes assument plus souvent les tâches routinières et astreignantes de la maison, les hommes des tâches à la frontière du loisir, organisées en fonction de leur disponibilités comme le bricolage, les courses (dans l’espace public) ou les jeux avec les enfants.
(Données 2016 de l’Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes)
Le temps domestique des hommes diminue avec le nombre d’enfants, celui des femmes s’accroît, la répartition inégalitaire du temps domestique existe à tous les âges (Insee 2015).
Les femmes s’occupent plus souvent des enfants et s’arrangent pour les garder en cas d’imprévu (maladies, grèves, etc.). A ce besoin de disponibilité permanente s’ajoute tout leur travail d’organisation de la vie familiale, d’anticipation et de préoccupations des besoins des autres, ce que l’on appelle LA CHARGE MENTALE.
Si les tâches étaient partagées, les temps de loisirs augmenteraient pour les femmes, elles pourraient s’occuper d’elles, faire de la politique, faire du sport, militer, lutter, se cultiver, lire, et … ne rien faire.
Car les femmes ont également le droit à la paresse et au repos.
Selon l’organisation internationale du travail (OIT) 16,4 milliards d’heures sont consacrés tous les jours au travail domestique non rémunéré.
Cela représente 9% du PIB mondial soit deux fois plus que le PIB du secteur agricole mondial.
En terme de travail domestique rémunéré, 19,3 % des emplois occupés par les femmes dans le monde le sont dans le secteur du travail domestique. Dans le monde, 3/4 des 75 millions de travailleur-ses domestiques sont des femmes (source OIT 2020).
Ces emplois relèvent du secteur informel et sont soumis à l’exploitation de classe et de race.
Pourquoi faire la grève du travail domestique ?
Démontrer combien ce travail que l’on pense banal, ordinaire, sans intérêt est pourtant fondamental en terme d’organisation familiale et sociale, qu’il est majoritairement effectué par les femmes et devient donc une affaire publique.
Le temps supplémentaire que les femmes consacrent aux tâches domestiques et surtout aux tâches parentales est un frein à l’emploi, au déroulement de leur carrière professionnelle et une cause majeure des écarts de rémunération et de pension, elles sont plus dépendantes financièrement de leur conjoint et plus vulnérables à la pauvreté en cas de dissolution du couple.
Il est difficile de se dire qu’on va gréver en paix et que cette grève va avoir des conséquences, en termes d’organisation, de jugement moral peut-être (mais qui sont ces femmes qui refusent de s’occuper des autres ?, ces égoïstes….).
Nous sommes convaincues que le travail domestique est générateur d’injustices.
Ne pas le faire c’est aussi démontrer combien tout ce que nous faisons, tout ce que nous portons est essentiel à nos vies.
Il est temps de reconnaître que ce temps pris aux femmes, par une organisation sociale sexuée dans tous ces champs, profite au capitalisme, aux hommes dont le temps est finalement moins contraint et plus ouvert sur le monde.
La grève féministe du travail domestique ?
Pour se reposer, lutter mais surtout …
Sensibiliser massivement les adultes et éduquer les enfants, les adolescent-es, au travail domestique partagé par un apprentissage non sexué des différentes tâches.
Ces petites phrases du “domestico-sexisme ordinaire” résonnent beaucoup trop : “je t’ai aidé, j’ai lavé ta vaisselle”, “je t’ai aidé, je me suis occupé des enfants…”
Le partage des tâches domestiques entre les femmes et les hommes est un enjeu de politique publique et de lutte contre la société patriarcale et capitaliste. Nous avons besoin d’un plan d’action complet qui englobe les politiques éducatives, familiales, d’emploi et culturelles. Il doit être mené en France comme dans le monde et faire la grève féministe y participe.

